cours_2daire_seineUn bras secondaire de la Seine. Depuis le milieu du Néolithique, le tracé du lit principal de la Seine suit probablement celui que l'on connaît actuellement. Mais le fleuve possédait un bras secondaire, au nord, rive droite, passant par la gare de Lyon, la Bastille, les Grands Boulevards, jusqu'à l'Alma où il rejoignait le bras sud (= cours actuel). Ce bras nord coulait donc au pied des collines de Ménilmontant, de Belleville, des Buttes-Chaumont, de Montmartre et de Chaillot. Son tracé fossile correspond approximativement à celui des grands boulevards de la rive droite (image ci-contre : Infographie A.-B. Pimpaud).

Une zone de marais au Haut Moyen Age. Ce bras secondaire est abandonné quand la Seine prend son lit actuel mais ilParis___Plan_sous_Philippe_Auguste demeure une zone de marais, innondable lors des grandes crues. C'est sans doute par le roi Louis le Bègue (877-879) que ces marais sont donnés à la collégiale Sainte-Opportune. On peut voir ci-contre sur la plan de Paris à l'époque de Philippe Auguste cette zone de marais qui ceinture la rive droite (plan provenant de Louis ALPHEN, Paris sous les premiers Capétiens, Paris, 1909). A cette époque, la rive droite semble organisée en trois zones concentriques : entre les marais et l'enceinte de Philippe-Auguste s'étendaient des terres labourables ; les marais, eux, servaient de pâtures communes ; quant à la zone au nord des marais, les basses pentes de Belleville et Ménilmontant accueillaient des vignes.   

Les marais sont asséchés au XIIe siècle. Au XIIe siècle, la progression urbaine entraîne à la fois une demande accrue de produits agricoles et une diminution des terres labourables. C'est cette évolution qui est très certainement à l'origine de l'exploitation des Image_5marais comme terres de remplacement. Ainsi la mise en valeur des marais situés à l'emplacement de l'ancien bras de la Seine commence au milieu du XIIe siècle. En 1154, le chapitre de Sainte Opportune a déjà donné la moitié des marais pour qu'il soient asséchés et mis en culture. Une deuxième étape a lieu en 1174 lorsque l'évêque de Paris Maurice de Sully, l'archevêque Guillaume de Sens et le roi Louis VII confirment la mise en culture de tout "le marais qui se trouve entre Paris et le Mont des Martyrs [Montmartre], qui commence au Pont-Perrin [Bastille] jusque sous le lieu appelé Chaillot" ("marisius qui jacet inter Parisius et Montem Martirum et protenditur a Pont Petrino usque subtus villam appellatur Chailloel"). Cependant en 1229 il reste encore des parcelles à mettre en culture, comme le prouve un arbitrage de l'évêque de Paris entre la chapitre de Sainte-Opportune et la paroisse Saint-Paul au sujet de la dîme du marais sis entre le Pont-Perrin et la maison d'Etienne Barbette  (peut-être la dernière fraction du marais mise en culture est celle proche de Saint-Paul). Sur le plan actuel de Paris ci-dessus, on a figuré en rouge les enceintes de Philippe-Auguste et de Charles, et en vert la zone des marais Sainte-Opportune asséchés à partir du XIIe siècle.

La mise en culture et l'exploitation des marais. A la fin du XIIe siècle, les anciennes pâtures communes des marais ont été remplacées par des prés fauchables ("prata"). Mais rapidement, au XIIIe siècle, ces prés cèdent la place à la culture des céréales et surtout des légumes verts. En effet, les cultures potagères profitent de l'humidité naturelle de cette zone et des facilités d'arrosage que permettent les fossés qui entourent les parcelles dans le but de les draîner. Le terme "marais" désigne dès lors deux choses à Paris : dans son sens ancien, "marais" évoque l'ancien marécage, c'est-à-dire les terres défrichées et draînées du marais Saint-Opportune situées entre Chaillot et Bastille ; dans son nouveau sens, "marais" fait référence au type de culture pratiquée sur ces anciens marécages et désigne une terre où l'on cultive les légumes.

Les marais et le Marais. Au XIIIe siècle, la culture potagère devient donc la culture dominante des marais asséchés. Elle gagne même du côté de Paris certaines terres cultivées riveraines de l'ancien marécage. C'est probablement de là que vient le nom du quartier du Marais : bien qu'il ne soit pas situé dans la zone des anciens marécages, on y rencontrait des "terres en marais" c'est-à-dire dédiées à la culture des légumes. Il faut cependant noter ici que la culture des légumes ne fut jamais dominante dans le quartier du Marais où l'on rencontrait plutôt des vignes, des terres labourables et des arbres fruitiers.

Le Grand Egout. Sur l'emplacement de cet ancien lit de la Seine, Charles V fit édifier à partir de 1365 le tronçon nord-est deplan_de_bale_complet_egout_enceinte sa nouvelle enceinte. Au nord de cette enceinte s'écoulait d'est en ouest depuis Ménilmontant jusqu'à Chaillot un ru qui captait les ruissellements des collines de Ménilmontant, de Belleville, des Buttes-Chaumont, de Montmartre et de Chaillot. Les éxutoires des fossés creusés autour des parcelles de l'ancien marais asséché aboutissaient probablement à ce ru. Il se mit alors à jouer le rôle d'égout recevant les détritus des nouvelles cultures mais aussi des quartiers urbains avoisinants. Dès la fin du XIIIe s, il est appelé les Fossés-le-Roi car bien que curé aux frais des riverains, cet égout était sous la direction du prévôt de Paris. Commençant à la porte du Temple, il devint le principal égout de Paris, le Grand Egout, à ciel ouvert, recevant les égouts secondaires venant de Paris. Y fut raccordé notamment l'égout construit par le prévôt Hugues Aubriot vers 1374, premier égout voûté et maçonné, qui passait sous la rue Montmartre. On a représenté sur le plan de Truschet et Hoyau ci-contre (dit plan de Bâle, vers 1552) le Grand Egout en bleu, prenant naissance à la porte du Temple pour aller se jeter dans la Seine à Chaillot ; il se distingue clairement des fossés remplis d'eau de l'enceinte de Charles V, plus au sud, figurés ici en vert. Sur le plan actuel de Paris, on a figuré en bleu foncé le tracé du Grand Egout.

Au XIVe siècle, à 200 ou 300 mètres au nord des Fossés-le-Roi, les chanoines de Sainte-Opportune firent creuser un fossé, le fossés Sainte-Opportune, dont la fonction semble avoir été de marquer la limite nord de leur censive (il n'est pas visible sur le plan ci-contre). Ainsi une triple ligne de fossé ceinturait la rive droite de Paris, de l'intérieur vers l'extérieur : l'enceinte de Charles V, le Gand Egout, le fossé Saint-Opportune.

 

Bibliographie :

Site du Ministère de la Culture : Paris, ville antique

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.

Philippe LORENTZ et Dany SANDRON, Atlas de Paris au Moyen-Age, Paris, Parigramme, 2006.

Thérèse KLEINDIENST, "La Topographie et l'exploitation des "marais de Paris" du XIIe au XVIIe siècle", Paris et Ile-de-France - Mémoires, tome 14, 1963, p7-167.