plan_enceintesLa nécessité d'une nouvelle enceinte. Au milieu du XIVe siècle, l'augmentation de la population parisienne (qui atteint 215.000 habitants environ en 1328) avait entraîné le développement d'importants quartiers d'habitations à l'extérieur de la muraille de Philippe-Auguste érigée à la fin du XIIe siècle. Dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, on craint à Paris les Anglais mais aussi les compagnies de mercenaires. La construction d'une nouvelle enceinte devenait nécessaire pour protéger la ville. En 1356-58, le prévôt de Paris, Etienne Marcel, fit creuser un large fossé à plusieurs centaines de mètres de l'ancien rempart. Sur ces fossés, Charles V décida en 1365 l'édification d'une nouvelle enceinte.

Le dispositif défensif. Cette nouvelle enceinte devait être capable de résister aux développements récents de l'artillerie : la ville devait être à l'abri des tirs des couleuvrines et bombardes, d'une portée de 90m. Pour cet raison, l'ouvrage s'étend sur une largeur de 90m environ, composé comme suit, de l'extérieur vers l'intérieur : une premier fossé sec large de 15m, un dos d'âne large de 5m environ, un deuxième fossé rempli d'eau large de 30m et profond de 8m environ, un rempart de terre large de 30m surmonté d'un mur de 7 à 8m de haut et longé, côté ville par un chemin de ronde intérieur ; des rampes d'accès permettaient d'y acheminer l'artillerie. L'enceinte est plus un rempart de terre qu'un ouvrage de maçonnerie comme l'était celle de Philippe-Auguste ; c'est ce qui explique le peu de traces que l'on en ait conservé (comparé à la muraille de Philippe-Auguste dont on a gardé des portions).

porte_templeLe tracé de la nouvelle enceinte. Cette nouvelle enceinte s'étendait sur la rive droite uniquement, laissant la rive gauche pourvue de la seule muraille de Philippe-Auguste. L'enceinte de Charles V incluait désormais le quartier des Quinze-Vingt, le faubourg Saint-Honoré, le faubourg Saint-Martin, le Temple, le bourg Saint-Paul (où se trouvait l'hôtel royal Saint-Pol) et englobait une superficie de 430 hectares (au lieu de 272 hectares précédemment), et une population peut-être de 200.000 habitants. Elle suivait un tracé en arc-de-cercle correspondant au tracé actuel des grands boulevards. A l'est et au nord, l'enceinte fut édifiée sur l'ancien lit préhistorique de la Seine ; de la Bastille jusqu'au niveau de la rue du Pas-de-la Mule, le fossé était rempli par l'eau de la Seine (retenue par un système d'écluses) car lors des grandes crues, l'eau de fleuve remontait jusque là. L'enceinte était percée de six portes seulement :la_bastille porte Saint-Honoré, porte Montmartre, porte Saint-Denis, porte Saint-Martin, porte du Temple, porte Saint-Antoine. Cette dernière fut érigée de 1364 à 1369 et flanquée de deux tours (Tour du Trésor et Tour de la Chapelle), avant d'être intégrée dans la forteresse construite entre 1370 et 1383 : la Bastille était désormais pourvue de huit tours et formait un rectangle de 68m sur 37m, haut de 24m. Elle protégeait l'est de Paris où se trouvait l'hôtel royal Saint-Pol. L'enceinte de Charles V se poursuivait ensuite le long du quai des Célestins où elle rejoignait la Tour Barbeau de l'enceinte de Philippe Auguste au niveau du n°32 de l'actuel quai des Célestins.

Le devenir de l'enceinte de Charles V. Sous Henri II, la muraille fut abaissée afin de ne pas être atteinte par les tirs d'artillerie, et des bastions furent ajoutés. Sous le règne de Louis XIV, les victoires militaires et les fortifications édifiées aux frontières du royaume rendirent inutiles l'enceinte qui protégeait Paris. Le souverain la fit raser et créa à son emplacement une promenade plantée d'arbres, les grands boulevards actuels. Le boulevard du Temple fut construit à l'emplacement des fossés de l'enceinte de Charles V, tandis que les boulevards Beaumarchais et des Filles-du-Calvaire correspondent à l'emplacement de la digue de l'enceinte : cela explique pourquoi le boulevard Beaumarchais est surélevé par rapport aux rues environnantes plus basses (qui sont donc en pente ou reliées par des escaliers). Aujourd'hui, on ne soubassement_bastilleconserve presque aucun vestige de la muraille de Charles V. En 1912-1913, lors du creusement de la ligne 7 du métro, on découvrit quai des Célestins deux tronçons de l'enceinte de Charles V. Mais aujourd'hui seul subsiste le soubassement de la Tour de la Liberté de la Bastille qui a été déposé dans le square Henri Galli (devant les numéros 2-4 du quai des Célestins).

Bibliographie :

Philippe LORENTZ et Dany SANDRON, Atlas de Paris au Moyen-Age, Paris, Parigramme, 2006.

Raymond CAZELLES, Paris de la fin du règne de Philippe Auguste à la mort de Charles V (1223-1380), Nouvelle histoire de Paris, Paris, 1972.

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.