Image_1Le miracle de l'hostie profanée. L'église et le cloître des Billettes se trouvent aux n°22-24 de la rue des Archives (en rouge sur le pan ci-contre), à l'emplacement d'une chapelle fondée à la fin du XIIIe siècle pour commémorer le miracle de l'hostie profanée par le juif Jonathas.

Le récit le plus ancien de cet épisode est un texte latin en prose datant de 1322 environ et conservé aux Archives nationales. Il raconte qu'une femme chrétienne avait mis ses plus beaux vêtements en gages chez un prêteur juif de la rue des Jardins (future rue des Billettes, puis rue des ucelloArchives). Elle veut les récupérer lors des fêtes de Pâques 1290, mais n'a pas l'argent nécessaire. Le prêteur juif accepte de les lui rendre en échange d'une hostie consacrée. La femme chrétienne se rend à la messe à l'église Saint-Merri et conserve sous la langue l'hostie de la communion qu'elle apporte au prêteur juif. Ce dernier poignarde l'hostie qui se met à saigner. Devant sa femme et ses enfants épouvantés, il continue à la martyriser, répétant la  Passion du Christ : il veut la percer avec un clou, la flagelle, la jette au feu, tente de la découper, mais toujours l'hostie demeure intacte et continue à saigner. Pour s'en débarrasser, il la jette dans l'eau bouillante qui rougit ; le Christ apparaît et le prêteur juif s'enfuit. Une voisine, intriguée, entre chez ucello2lui, recueille l'hostie et la porte à l'église Saint-Jean-en-Grève. L'évêque fait comparaître le prêteur juif qui est condamné à être brûlé en place de grève, tandis que sa famille se fait baptiser (ci-dessus et ci-contre : Paolo Ucello, Le Miracle de l'hostie, prédelle, vers 1465-1469, Urbino, Palazzo ducale).

On sait effectivement d'un juif fut jugé à Paris en 1290 pour la profanation d'une hostie, mais les sources semblent indiquer qu'il se soit converti et donc qu'il n'ait donc pas été mis à mort. Au XIIIe siècle, les juifs sont fréquemment suspectés de crimes rituels : Césaire de Heisterbach écrit "J'ai entendu dire que de nos jours des chrétiens sont crucifiés par des juifs" (Dialogus miraculorum, 1851, tome II, p103). De plus, à cette époque, l'Eglise attache une importance croissante à l'hostie : le concile de Latran en 1215 y affirme la présence réelle ; au XIIIe siècle, à la messe, après la consécration, l'hostie et le calice sont élevés afin que les fidèles puissent les adorer  ; la fête du Saint-Sacrement (ou Fête-Dieu) est instituée en 1264, et les processions du Saint-Sacrement se multiplient à la fin du XIIIe-début du XIVe siècle.

 billettes_belleforestL'église et le cloître. En 1294, un bourgeois de Paris, Régnier Flameng, obtient du roi Philippe le Bel et du pape Boniface VIII  qu'une chapelle soit construite à l'emplacement de la maison du prêteur juif. Cette chapelle est appelée "maison des miracles". Elle est confiée aux Hospitaliers de la Charité Notre-Dame, confrérie séculière créée par Guy de Joinville dans le diocèse de Chalons en Champagne, dévouée au soin des malades. Ils étaient également appelés "billettes" peut-être en raison de leur scapulaire en forme de billette, c'est-à-dire de pièce d'étoffe rectangulaire. Le couvent s'agrandit grâce à l'achat et à la donations des maisons voisines. En 1346, cloitre_billettesces clercs qui n'appartenaient à aucun ordre furent rattachés à l'ordre de saint Augustin. En raison des exhaussements de la rue des Archives, l'église était devenue souterraine si bien qu'en 1408 on construisit au-dessus une nouvelle église, tandis que dans l'ancienne église on enterrait les religieux du couvent (ci-dessus : plan de Paris par Belleforest, vers 1550 ; le nord est à gauche, les Billettes sont en vert). Le cloître fut reconstruit après 1427 dans le style flamboyant. A cette époque, la rue s'appelle d'ailleurs "rue où Dieu fut bouilli".

fa_ade_billettesEn 1631, les Carmes réformés achetèrent le couvent. L'église fut reconstruite en 1758. A la Révolution, l'église et le couvent deviennent biens nationaux. En 1808, l'église est rachetée par la ville de Paris qui l'affecte au culte luthérien.

 

Bibliographie

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.

Boris BOVE, "Les Juifs à Paris", Vivre et survivre dans le Marais, au coeur de Paris du Moyen Age à nos jours, dir. J.-P. AZEMA, Paris, éds le Manuscrit, 2005, p31-57.

 

 

.