villnve_temple_fin_modifi_L'installation des Templiers. Les Templiers s'installèrent à Paris vers le milieu du XIIe siècle. Ils s'établirent d'abord près des églises Saint-Gervais et Saint-Jean-en-Grève, puis, au plus tard en 1240, à l'emplacement de l'actuel square du Temple dans le 3e arrondissement où ils édifièrent l'enclos du Temple. On ignore en partie comment se fit ce déplacement ; ils auraient acheté des terres dans cette zone dès la fin du XIIe siècle. Au XIIIe siècle, ils étaient les maîtres d'une très vaste seigneurie, la censive du Temple  (on appelle "censive" un terre soumise au cens, redevance annuelle et perpétuelle que percevait le seigneur censier, ici l'ordre du Temple, en échange de la protection et de la sécurité qu'il devait assurer aux habitants de la censive ; le seigneur censier possédait la propriété éminente de la censive, tandis qu'il en avait vendu la propriété utile à celui ou ceux qui y habitaient).

Enclos et censive du Temple. Sur le plan ci-contre, on a représenté la censive du Temple en orangé ; l'enclos en rouge renfermait les bâtiments de l'Ordre. En bleu est figurée l'enceinte de Philippe-Auguste, en rouge celle de Charles V. Le domaine du Temple s'étendait approximativement depuis les rues du Roi-de-Sicile et rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie (au sud), entre la rue du Temple (à l'ouest) et la rue Vieille-du-Temple, la rue Elzévir et  la rue Pavée (à l'est), puis plus au nord, dans l'ancienne zone marécageuse, entre la rue du Faubourg-du-Temple (à l'ouest) et la rue Oberkampf (à l'est) jusqu'à la hauteur de la rue de la Folie-Méricourt (au nord).

La construction de la muraille de Philippe-Auguste (représentée par un épais trait noir sur le plan ci-contre à gauche) entre 1190 et 1209 coupa en deux le domaine des Templiers. En 1279, un accord intervint entre le roi Philippe le Hardi et le Grand Prieur : les Templiers gardaient les terres situées à l'intérieur des murs, mais y perdaient le droit de haute et basse justice, cette zone passant sous l'autorité du roi, c'est-à-dire sous la juridiction du prévôt de Paris. Sur leurs terres à l'extérieur du mur d'enceinte, les Templiers conservaient le droit de voirie, de haute et de basse justice ainsi que le droit de faire garder leurs terres par des sergents.

Image_3Le lotissement de la Ville-neuve du Temple. Dès 1282, les Templiers décidèrent de lôtir les terrains entre leur enclos et l'enceinte de Philippe-Auguste, ce qui allait former la Ville-neuve du Temple. Une porte fut percée en 1288 dans l'enceinte de Philippe-Auguste, la porte du Chaume (au n°54 de l'actuelle rue des Archives). Un axe central, la rue de la Porte du Chaume, fut tracé, correspondant à la section de l'actuelle rue des Archives, entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue Portefoin. Huit rues parallèles entre elles, et perpendiculaires à la rue de la Porte du Chaume, de part et d'autre de celle-ci, furent également percées. Sur le plan ci-contre de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle, vers 1550 (le nord est à gauche), on a figuré en rouge l'enclos du Temple, en orange les rues de la Ville-Neuve du Temple ; on a colorié en bleu ce qu'il restait de l'enceinte de Philippe-Auguste, le long de la rue des Francs-Bourgeois, au nord du couvent des Blancs-Manteaux.

On commença par percer les cinq rues du côté ouest : du nord au sud,

- la rue Portefoin, qui s'appelait à la fin du XIIIe siècle rue des Poulies, puis fut nommée rue Richard des Poulies, d'après le nom d'un mercier qui y aurait fait construire une maison sur un terrain vendu par les Templiers vers 1333. Elle s'appela ensuite rue Porte-Fin d'après Jean Porte-Fin qui y aurait eu son hôtel.   

- la rue Pastourelle, qui s'appelait à la fin du XIIIe siècle rue Groignet, d'après Guillaume Groignet qui était mesureur des blés du Temple et y avait plusieurs maisons. Vers 1330, Roger Pastourel y avait une maison, et donna ainsi son nom à la rue.

- la rue du Noyer, qui n'existe plus aujourd'hui

- la rue des Haudriettes : cette rue s'appelait la rue Jean L'Huillier à la fin du XIIIe siècle. Elle se nomma ensuite rue des Haudriettes car ces dernières y possédaient des maisons. Les Haudriettes étaient une communauté fondée en 1306 par Etienne Haudry, panetier du roi Philippe le Bel, accueillant des veuves qui vivaient soumises à une règle ; elles possédaient un hospice et un chapelle situés près de l'Hôtel de ville. La rue s'appela également rue de l'Echelle du Temple car c'est là, à l'angle avec la rue du Temple, que se trouvait l'échelle (le pilori) de justice du Temple. C'est là que l'ordre du Temple, qui avait droit de haute justice, punissait les voleurs  (on peut voir le pilori représenté sur le plan de Bâle ci-dessus)

- la rue de Braque : cette rue s'appela rue des Boucheries, rue des Boucheries du Temple ou encore rue aux Boucheries de Braque car au XIIIe siècle le Temple y établit une boucherie. Suite aux plaintes de la corporation des bouchers, la taille des étaux de cette boucherie fut limitée. En 1549, elle fut déplacée rue du Temple, puis en 1640 à l'angle de la rue de Bretagne et de la rue du Temple. Le nom actuel de la rue vient de la famille Braque qui y possédait des terrains et y fonda une chapelle où elle enterra ses membres.

Image_2On perça ensuite trois rues du côté est : du nord au sud,

- la rue des Quatre-Fils : cette rue s'appela la rue de l'Echelle du Temple car elle se trouvait dans la continuité de la rue des Haudriettes, puis rue des Quatre Fils Aymon, en référence à une enseigne évoquant les quatre héros de la chanson de geste du XIIe siècle, Renaud de Montauban

- la rue du Chantier est une allée qui se trouve aujourd'hui dans le pâté de maisons des Archives nationales, dans le prolongement de la rue de Braque. Elle s'appela au XVIe siècle rue de la Roche car elle menait à l'hôtel de la Roche-Guyon qui se trouvait rue Vieille-du-Temple

- la rue des Francs-Bourgeois (portion entre la rue des Archives et la rue Vieille-du-Temple) : elle se trouve à l'emplacement de l'ancien chemin qui longeait l'extérieur de l'enceinte de Philippe-Auguste. Elle porta au Moyen Age le nom de rue des Jardins puis rue de Paradis.

Les habitants de la Ville-neuve du Temple. La plupart des parcelles de la Ville-neuve du Temple loties par les Templiers étaient soit des carrés de 3,5 toises (7m) de côté, soit des rectangles de 3,5 toises de largeur et de 12 toises (23m) de longueur. On accorda aux habitants de la Ville-neuve du Temple de nombreux avantages : exemption des obligations militaires (guêt, ost, chevauchée) et fiscales (taille, péage). Le lotissement de la Ville-neuve du Temple fut un succès car en 1292 la plupart des parcelles étaient construites. Les professions qui s'y installèrent furent notamment les métiers du bâtiment car le travail n'y manquait pas. Les tisserands disposaient de l'espace nécessaire pour étendre leurs draps sur des poulies, d'où le nom de rue des Vieilles-Poulies donné à la section de la rue des Francs-Bourgeois située à l'est de la rue Vieille-du-Temple. Lorsque Charles V s'installa à l'hôtel Saint-Pol en 1360, nombreux furent ceux qui, dans son entourage, firent des acquisitions dans la Ville-neuve, acquisitions facilitées par les dévastations de la Grande Peste de 1348. En 1362, on comptait dans la Ville-neuve du Temple 240 maisons, la population est estimée à 1200 habitants.

Bibliographie :

Philippe LORENTZ et Dany SANDRON, Atlas de Paris au Moyen-Age, Paris, Parigramme, 2006.

Raymond CAZELLES, Paris de la fin du règne de Philippe Auguste à la mort de Charles V (1223-1380), Nouvelle histoire de Paris, Paris, 1972.

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.

Henri de CURZON, La Maison du Temple de Paris. Histoire et description, Paris, 1888.

Geneviève ETIENNE, "La Villeneuve du Temple à Paris aux XIIIe et XIVe siècles", Études sur l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, Actes du 100e Congrès national des sociétés savantes, Paris, 1975, Paris, 1978, tome II, p87-99.