c_lestins_actuelL'origine du couvent. Le couvent des Célestins s'étendait au XIVe siècle entre la rue du Petit-Musc à l'ouest, la rue de l'Arsenal à l'est, la rue de la Cerisaie au nord, le quai des Célestins et la rue de Sully au sud. A l'origine, c'est le couvent des Carmes (ordre mendiant également appelé les Barrés en raison de leur habit rayé noir et blanc) que Saint Louis établit à cet endroit en 1254. Mais les Carmes sont trop loin de l'Université et déménagent rive gauche, près de l'actuelle place Maubert. Ils vendent leur couvent en 1319. En turgot_celestins_21352, le fils de l'acheteur en fait don aux Célestins (ordre bénédictin fondé par l'ermite Pierre de Morrone, 1210-1296, qui devint pape sous le nom de Célestin V) qui s'y installent. On peut voir sur le plan de Turgot de 1739 (ci-contre à gauche ; le nord est à droite) la disposition du couvent, de l'église et des jardins.  L'église se trouvait à l'angle de la rue du Petit-Musc et du quai des Célestins (ci-contre celestinsà droite, dessin à la mine de plomb par Charles Ransonnette de l'Ancienne Eglise des Célestins au coin de la rue du Petit Musc à Paris, 1831).

Charles V et les Célestins. Les Célestins bénéficient de la protection de Charles V qui réside à proximité, de l'autre côté de la rue du Petit-Musc, à l'hôtel Saint-Pol. Quant à l'enceinte édifiée par  ce roi à partir de 1365, elle se trouve non loin du couvent à l'est. En 1365, Charles V pose la première pierre de l'église qui est consacrée en 1370 par l'archevêque de Sens, Guillaume de Melun. Le roi fait aux Célestins d'importantes donations : en 1368, pour achever la construction de l'église, le roi donne aux moines 10.000 francs or et 12 arpents de bois dans la forêt de Moret ; pour l'édification du couvent, il donne 5.000 livres et une partie des jardins de l'hôtel Saint-Pol. L'église est d'une structure simple : il s'agit d'un vaisseau unique de 48m de long sur 11m de large, qui se termine par une abside polygonale. Un jubé sépare la nef des trois travées du choeur des moines.

Le portail représente de chaque côté Charles V et sa femme Jeanne de Bourbon, tandis que Pierre de Morrone figure au portail_des_celestinscentre (voir ci-contre gravure de Carpentier, dans les Antiquités nationales, d'Aubin-Louis Millin, tome I, 1790). Si les effigies sculptées du souverain régnant sont apparues à Paris sous Philippe-le-Bel, Charles V multiplie de son vivant ses statues dans Paris : à plusieurs endroits au Louvre, à la porte de Seine de l'hôtel Saint-Pol, au portail de l'église du Petit-Saint-Antoine  (entre les n°41-43 de la rue François-Miron et la rue du Roi-de-Sicile), à la porte orientale de la Bastille, au portail de l'église des Grands-Augustins (quai des Grands-Augustins), à la façade du collège de Dainville (à l'angle de la rue de la Harpe et de la rue des Cordeliers), à la façade du châtelet d'entrée de Vincennes. 

Un couvent lié à la monarchie. Le couvent des Célestins est très étroitementassocié à la monarchie et à ses serviteurs. Charles V n'est pas le seul bienfaiteur des Célestins à Paris. On conserve la trace de plus de 400 donateurs : surtout des princes (la famille d’Orléans, Anne et Philippe de Bourgogne, les Lusignan,gisant_jeanne_de_bourbon les Stuart), et des officiers et serviteurs de l'Etat (Philippe de Mézières, Jean Budé, les Rochefort), également des bourgeois de Paris, des artisans et paysans. Les Célestins sont très liés aux notaires et aux secrétaires du roi qui avaient favorisé l'installation des Célestins à Paris. La confrérie des notaires et secrétaires du roi se réunit dans leur église et y fait célébrer de nombreuses messes. Philippe de Mézières, conseiller de Charles V qui le choisit comme précepteur du futur Charles VI, auteur de plusieurs traités, se retire aux Célestins à la mort de Charles V et y est enterré en 1405.

Les Célestins font également figure de nécropole royale et princière. Ils abritent les entrailles de la reine Jeanne de Bourbon. Son gisant (ci-dessus), réalisé pour les Célestins se trouve aujourd'hui à Saint-Denis. C'est également aux Célestins que Louis d'Orléans (1372-1407) est  inhumé après son assassinat rue Vieille-du-Temple, près de l'hôtel Barbette, ordonné par le Vigiles_du_roi_Charles_VII_61duc de Bourgogne Jean sans Peur (ci-contre  enluminure extraite des Vigiles de Charles VII, de Martial d'Auvergne, Paris, Bnf, ms fr. 5054, fol.5v., 1484). Après le Bal des Ardents en 1393 où Charles VI avait failli périr, Louis d'Orléans, fils cadet de Charles V et frère du roi, avait fondé une chapelle dans l'église des Célestins. Il s'y rend chaque jour pour la messe, et dans son testament rédigé en 1403 mentionne que c'est là qu'il veut être enterré. Cette chapelle, édifiée par Raymond du Temple, flanque l'église sur le côté sud au niveau des trois travées du choeur ;  cela entraîne le percement d'arcades dans le mur sud de l'église (deux autres chapelles, également sur le côté sud, sont ajoutées avant le XVIe s.). Les gisants de Louis d'Orléans, de sa femme Valentine Visconti et de leurs fils Charles et Philippe, qui se trouvent aujourd'hui à Saint-Denis, ont été réalisés pour une chapelle des Célestins, au début du XVIe siècle par des sculpteurs italiens, à la demande de Louis XII qui voulait rendre hommage à ses aïeux. Fut également enterrée auxanne_de_bourgogne Célestins Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur et épouse du duc de Bedford qui était le régent du royaume de France pour le compte d'Henri VI d'Angleterre. En visite à Paris, elle y tomba malade et y mourut en 1431 ; elle fut enterrée aux Célestins, proche de l'hôtel des Tournelles (actuelle place des Vosges) où résidait le duc de Bedford. Le gisant de la duchesse (ci-contre), réalisé par Guillaume Veluten, qui se trouve aujourd'hui au Louvre se trouvait donc à l'origine dans l'église des Célestins. 

La fin des Célestins. L'ordre des Célestins est supprimé en 1778, l'église du couvent est détruite en 1795 et les autres vestiges en 1847. En 1877, le boulevard Henri IV est percé, sa partie inférieure correspond à l'emplacement de l'ancien couvent, alors que l'actuelle caserne de la Garde républicaine (vers 1900) occupe les anciens jardins du couvent.

 

Bibliographie :

 Philippe LORENTZ et Dany SANDRON, Atlas de Paris au Moyen-Age, Paris, Parigramme, 2006.

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.

Murielle GAUDE-FERRAGU, D'or et de cendres : la mort et les funérailles des princes dans le royaume de France au Bas Moyen Age, Villeneuve d'Ascq, PU du Septentrion, 2005.

Alain ERLANDE-BRANDENBURG, "Louis d'Orléans et la chapelle des Célestins", Dossiers de l'Archéologie, n°311, mars 2006, p88-91.

Stéphanie ROUSSEL, "En pur et vray don", donateurs et donations pieuses aux Célestins de Paris, à la fin du Moyen Age, Position des thèses, Ecole nationale des Chartes, 2008.