Les origines de l'hôtel des Tournelles. En 1388, Pierre d'Orgemont, chancelier de France et du Dauphiné de Charles VI, fit reconstruire une maison à proximité de l'hôtel Saint-Pol, de l'autre côté de la  rue Saint-Antoine, du n°28 au n°38., c'est-à-dire plan_tournellesentre les actuelles rue de Birague et impasse Guéménée (en rouge sur le plan ci-contre). L'hôtel comprenant de vastes jardins était ceint d'un mur doté de nombreuses tourelles, d'où son nom de "Tournelles". A la mort de Pierre d'Orgemont, son fils Pierre, évêque de Paris, qui y résidait en hérita et en 1402 la vendit au duc Jean de Berry pour la somme de 14.000 écus. En 1404, le duc de Berry la céda à son neveu Louis d'Orléans, fils de Charles V et frère de Charles VI, en échange de l'hôtel de Gixé, rue de Jouy. Louis d'Orléans fut assassiné en 1407. L'hôtel alla à ses héritiers : sa veuve Valentine Visconti qui mourut l'année suivante, leurs trois fils (Jean d'Angoulême qui fut fait prisonnier par les Anglais en 1412, Charles d'Orléans à son tour pris par les Anglais en 1415 et Philippe des Vertus qui mourut en 1420).

La résidence du duc de Bedford. En 1417, l'hôtel devint propriété du roi Charles VI. Après le traité de Troyes en 1420 qui donnait aux Anglais le contrôle de la France, et la mort de Charles VI en 1422, l'hôtel des Tournelles devint la résidence du duc de Bedford, frère d'Henri V, oncle duduc_bedford jeune Henri VI et régent de France (ci-contre : Le duc de Bedford en prière devant saint Georges, les Heures de Bedford, par le Maître de Bedford et son atelier, vers 1423, Londres, British Library, Add. Ms. 18850, fol.256v). Ce dernier accrut la surface de l'hôtel notamment par l'acquisition de terrains auprès du prieuré de Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers. L'hôtel des Tournelles s'étendait entre de la rue Saint-Antoine au sud à la rue Saint-Gilles au nord, de la rue de Turenne à l'ouest jusqu'à l'enceinte de Charles V (rue Jean-Beausire) à l'est (voir plan ci-dessus : en rose l'hotel, en bleu les parcs et jardins). Comme l'hôtel Saint-Pol, l'hôtel comprenait plusieurs édifices sur un immense terrain : galeries (dont la galerie des courges peintes de courges vertes), chapelles, préaux, étuves. Il était doté de vastes jardins où le duc de Bedford fit planter des rosiers blancs, des romarins, des figuiers, des poiriers, des pommiers. On y trouvait également des vignes.

L'hôtel des Tournelles au XVIe siècle. Quand Paris fut repris aux Anglais en 1436, puis Charles d'Orléans et Jean d'Angoulême libérés, respectivement en 1441 et 1445, le roi Charles VII leur rendit l'hôtel primitif des Tournelles (en rouge sur le plan ci-dessus), qui prit le nom d'hôtel d'Angoulême (visible ci-contre sur le plan de Paris, par Truschet et Hoyau, dit plan de plan_bale_st_cath_tournellesBâle, vers 1550, le nord est à gauche) ; iI passa ensuite à la veuve de Jean d'Angoulême, puis à leur fils (Charles d'Orléans, comte d'Angoulême) qui était le père de François Ier. Charles VII conserva le reste de l'hôtel demeura propriété royale sous le nom d'Hôtel Neuf ou Hôtel du Roi. Louis XI fit des Tournelles sa résidence parisienne ; Charles VIII puis Louis XII (qui y meurt en 1515) y séjournèrent. Lorsque François Ier, duc d'Angoulême, devint roi, l'Hôtel d'Angoulême et l'Hôtel du Roi purent être réunis. Louise de Savoie, mère du roi, y demeurait. Henri II y fit réaliser de nouveaux aménagements  mais en 1559, blessé grièvement lors d'une joute se déroulant rue Saint-Antoine, y place_des_vosgesmourut. Sa veuve Catherine de Médicis abandonna le palais et fit lotir le terrain en 1564, mais ce fut un échec. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les Tournelles furent laissées à l'abandon ; un marché de chevaux s'y installa, et on se servit également de l'ancien hôtel des Tournelles comme champ de manoeuvre. Sous Henri IV le domaine des Tournelles fut divisé en trois. Tout d'abord, le roi donna à Sully la partie nord des jardins, située entre les rues Saint-Gilles et rue des Minimes ; Sully vendit ces terrains au marquis de Vitry qui lui-même les vendit en 1609 à l'ordre des Minimes qui y installa son couvent. Dans la partie sud des jardins des Tournelles, entre les rues Saint-Gilles et rue du Pas-de-la-Mule, Henri IV installa une manufacture de tissage de soie. Enfin la partie sud des Tournelles, au sud de la rue du Pas-de-la-Mule, fut occupée par la Place royale, future place des Vosges.

 

Bibliographie :

Danielle CHADYCH, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2005.

Jean-Pierre BABELON, "Le palais des Tournelles et les origines de la place des Vosges", Rapport sur les conférences, Paris, EPHE, 1975-76.